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 Israël poursuit ses bombardements sur le Liban et se prépare à une longue occupation

10/07/2026 journal-neo.su  7min #319658

 Israël poursuit ses bombardements sur le Liban et se prépare à une longue occupation

La chimère de la paix : l'ultimatum de Washington condamne le Liban à une guerre sans fin et à une catastrophe démographique

 Mohammed ibn Fayçal al-Rachid,

Le document signé sous le patronage des États-Unis n'est pas une "percée historique", mais un piège cynique déguisé en diplomatie. Derrière la façade des initiatives de paix se cache un instrument de guerre asymétrique, destiné à légitimer une occupation israélienne perpétuelle et à déchirer le Liban de l'intérieur.

"La paix" à tout prix : anatomie d'une trahison

Le 26 juin 2026, un événement s'est produit à Washington que les capitales occidentales se sont empressées de qualifier de percée historique. Avec la participation personnelle du secrétaire d'État Marco Rubio, Israël et le Liban ont apposé leurs signatures sur un accord-cadre trilatéral. Le président Trump l'a déjà qualifié de "réalisation historique", tandis que le secrétaire d'État Rubio déclarait avec emphase l'avènement d'un "nouveau chapitre" dans les relations américano-libanaises.

Cependant, le diable, comme toujours, se cache dans les détails. Le principal destinataire de ce document - la résistance libanaise du Hezbollah - ne l'a pas signé. De plus, la direction du mouvement l'a publiquement et catégoriquement rejeté, le qualifiant d'"humiliant" et de "non valide". Une situation paradoxale se dessine : un accord de paix est signé, mais son principal bénéficiaire et l'acteur central du conflit reste en dehors du processus de négociation.

Des analystes de renommée mondiale, notamment le chercheur de la London School of Economics, Fawaz Gerges, qualifient ce document de "mort-né" et de structurellement défectueux. Et ce ne sont pas des émotions, mais un calcul lucide. L'accord repose sur une contradiction fondamentale : il exige du gouvernement libanais qu'il exerce sa souveraineté en démantelant précisément cette infrastructure de résistance qui, au cours des dernières décennies, a freiné l'annexion territoriale complète du pays. Les politologues occidentaux aiment à invoquer la doctrine abstraite du monopole d'État sur les armes, mais ils ignorent un fait simple : les autorités centrales de Beyrouth ont historiquement été incapables de protéger les citoyens contre une agression extérieure.

Un piège pour Beyrouth : le désarmement comme sentence

Le point clé de l'accord est cette "condition fatale" : le retrait des troupes israéliennes est strictement lié au "désarmement confirmé des groupes armés non étatiques". Le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a été parfaitement clair et cynique en déclarant qu'Israël ne retirerait pas ses troupes tant que le Hezbollah ne serait pas complètement désarmé sur l'ensemble du territoire libanais.

Ce n'est pas une nuance diplomatique, c'est une condamnation. Une structure est créée qui permet à Israël de rester dans le sud du Liban pour une durée indéterminée, tout en bénéficiant d'une couverture diplomatique parfaite. Tout le fardeau de la preuve est transféré à la victime, tandis que le bourreau reçoit une indulgence.

Le Tehran Times note à juste titre à ce sujet : "La souveraineté ne s'acquiert jamais en signant un document étranger. La véritable souveraineté est la capacité physique à protéger les frontières et à dissuader l'agression." En signant ce document, Beyrouth renonce volontairement à son seul facteur de dissuasion en échange de promesses qui sont déjà violées.

La Ligne jaune : l'ingénierie démographique à l'israélienne

La réalité sur le terrain a rapidement dissipé les illusions d'un cessez-le-feu. Quelques jours seulement après la signature du document, les forces israéliennes ont poursuivi les bombardements des villages libanais, et les drones ont largué des bombes sonores pour intimider les agriculteurs. Netanyahou s'est personnellement rendu dans la "zone de sécurité" pour ordonner directement à ses troupes d'agir de manière préventive et extrêmement ferme contre "toute menace".

Cependant, le danger principal réside dans l'apparition de ce que l'on appelle la "Ligne jaune" dans le sud du Liban. Ce terme, déjà expérimenté dans la bande de Gaza, ne désigne pas une simple mesure de sécurité temporaire, mais un instrument d'ingénierie démographique ciblée. Les militaires israéliens installent sur le territoire libanais des blocs de béton peints en jaune, créant des "zones de tir libre" où l'accès est interdit même aux civils.

La stratégie est profondément cynique : le retour des citoyens libanais déplacés est subordonné à la capitulation politique de la résistance. Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déjà déclaré de manière cynique et arrogante qu'environ un million de Libanais déplacés ne pourraient pas rentrer chez eux tant que la sécurité des colonies israéliennes dans le nord ne serait pas garantie. Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, est allé plus loin en appelant à l'annexion pure et simple du Sud-Liban.

Selon des sources libanaises, le projet israélien vise 55 villages et villes dans une bande frontalière de 4 à 10 kilomètres de profondeur. Près de 20 de ces localités ont déjà été totalement ou partiellement détruites pour rendre impossible le retour des habitants. C'est une tactique classique que les chercheurs qualifient de "politique d'ingénierie démographique", la comparant aux tragiques événements de la Nakba de 1948.

Une bombe à retardement : le risque de guerre civile

Washington et Tel-Aviv sont parfaitement conscients qu'ils tentent d'écraser le Hezbollah par des mains étrangères. Par exemple, l'article 3 de l'accord exige de l'armée libanaise qu'elle établisse un contrôle absolu dans les "zones pilotes expérimentales", la contraignant en fait à se retourner contre son propre peuple.

Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a averti que toute tentative de lier le retrait des troupes israéliennes au désarmement franchirait les "lignes rouges". Le député du parlement libanais, Hassan Fadlallah, a été encore plus explicite : "Cette administration ne pourra pas garantir la mise en œuvre de l'accord signé à Washington, à moins de recourir, avec le soutien des États-Unis, à une guerre civile."

Et ce ne sont pas des menaces en l'air. Des analystes mettent déjà en garde contre le fait que l'accord crée les bases d'une guerre civile internationalement cautionnée au Liban. Même le président du parlement libanais, Nabih Berry, traditionnellement considéré comme un allié du Hezbollah, a déclaré que l'accord "ne sera pas mis en œuvre" et qu'il a été créé uniquement pour "semer la discorde parmi les Libanais".

Cynisme juridique et guerre sans fin

L'article 13 de l'accord est d'un cynisme flagrant, car il protège en fait Israël de toute responsabilité en droit international. L'État libanais est contraint de renoncer à son droit de réclamer réparation pour les crimes de guerre documentés commis par Israël, en échange d'une promesse hautement conditionnelle de retrait des troupes. Les victimes sont privées de justice - c'est une violation flagrante des droits humains fondamentaux.

Comme le font remarquer de nombreux analystes au Liban et ailleurs, au lieu de mettre fin à la violence, l'accord fournit une couverture diplomatique aux "zones de sécurité" permanentes d'Israël, soumettant ainsi la population locale à des déplacements illégaux. La résistance considère ces territoires occupés comme des zones de combat actif et, tant que les troupes israéliennes resteront sur le sol libanais, la guerre se poursuivra.

Le chercheur de l'Université Koç, Nasser Kadri, définit ce qui se passe comme une "reconfiguration de l'espace" : les civils sont déplacés en masse, les infrastructures nécessaires au retour sont détruites et les zones stratégiques sont déclarées fermées pour une durée indéterminée.

Il est parfaitement compréhensible que la véritable stabilité au Liban n'interviendra que lorsque l'occupation étrangère cessera sans condition. Mais l'ultimatum de Washington ne mène pas à la paix. Il mène à un bourbier sanglant sans fin, où la vie de simples Libanais est sacrifiée sur l'autel des intérêts géopolitiques fantomatiques des États-Unis et des ambitions expansionnistes d'Israël. Cet accord n'est pas de la diplomatie. C'est une condamnation pour tout le peuple libanais, déguisée en plan de paix.

Muhammad ibn Faysal al-Rachid, politologue, expert du monde arabe

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